Boone n’a pas de progéniture reconnue. Bien que là-dessus il ne soit pas toujours clair. Est ce par vanité que parfois alors que le coucher de soleil nous sert une fois de plus un spectacle formidable sur sa terrasse et que les bières à douze francs (Boone a aménagé sa maison en Taverne et en locations touristiques pour le premier étage et les bungalows annexes) que Boone nous sert toujours avec ce petit sourire en coin et ce regard qui semble contempler le nuage mordoré derrière moi, il confie par vanité ou par vantardise et peut-être même en toute sincérité avoir un fils dans une île ou dans une autre.

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Toujours le pain de sucre depuis le Chameau, le point culminant de l'île

Une pierre, une bière, c’était le deal.

Non, s’il avait un fils Boone ne se poserait pas la question existentielle fondamentale : " mais qu’elle trace vais je donc laisser sur terre si le peu que j’ai pu accumuler ici bas devient la propriété du fisc, faute d’héritier. Cette maison que j’ai construite de mes mains, dans ce coin perdu d’une île de pêcheurs sans eau ni électricité et Bouygues Telecom qui n’était pas encore là (toujours pas là d'ailleurs). J’ai construit cette maison au dessus d’une plage qui aujourd’hui fait la joie des touristes mais qui à l’époque disparaissait sous les Ancenilliers, ces arbres dont les marins de Christophe COLOMB ont fait la douloureuse découverte. En effet leurs fruits qui ressemblent à une mini pomme, sont tout ce qu’il y’a de plus toxiques. Une sève acide suinte des feuilles de l’arbre et est capable de percer les vêtements. Ce qui donna à nos pauvres marins Portugais amateurs de fruits tropicaux des coliques  dont on parle encore aujourd'hui sur les Saintes. Toujours inventif, pendant la difficile construction de sa maison, Boone enjoignait les autochtones de remonter une pierre chaque fois qu’ils remontaient de la plage. Une pierre, une bière, c’était le deal.

La maison n’est guère visible de l’extérieur. D’ailleurs je m’aperçois que j’ai fais des photos d’à peu près tout au Saintes sauf de l’intérieur de cette maison qui m’a tant marqué. J'ai donc pris cette photo l'anné suivante en juin 2001. Si la maison n’est guère visible c’est qu’elle est littéralement ensevelie par de prodigieux bougainvilliers. Avec ces couleurs que seuls les tropiques savent donner. Un mauve d’une profondeur de velours et un rouge rosé qui explose littéralement au soleil. Il a peint sur une planche style morceau de bateau pirate le mot " Taverne " et " Hospice " me semble t’il sans que je sache s’il pense à ces vieux jours ou au refuge des touristes. On n’ose pas trop rentrer tant l’intérieur tout en bois pour rappeler un bateau, semble intime.

A l’époque (vers 1984) les Saintois le prenaient pour un fou. Personne n’aurait été construire une maison dans ce trou perdu. En plus il a construit des appartements, des bungalows destinés à la location à une époque où çà ne se faisait pas sur l’île, et surtout pas dans ce trou perdu. Non, Boone à compris avant les autres que la baie des Saintes est une des 3 plus belles du monde, en tout cas c’est ce que disent les dépliants touristiques d'aujourd'hui, et que sa plage du pain de sucre est un joyau unique au monde, point que je partage totalement. Boone a donc construit une maison taverne dont le premier étage est réservé à la location ainsi que les bungalows annexes. Boone a visualisé l’intérêt d’un tel projet avant tout le monde. Boone l’a rêvé, Boone l’a fait. La maison est construite sur une sorte de chemin de mulet ou l’on risque l’intégrité des ses abattis tant les pierres rondes sont glissantes quand il pleut. Ce qui arrive somme toute assez souvent sous ces latitudes. Mais ce n'est pas graves tant les cyclones et autres glissements de terrains constituent des préoccupations plus importantes. Ce chemin remonte de la plage pour rejoindre la route qui mène au village cinq km plus loin.

Vue Est depuis la taverne Boonienne. Remarquez la nature carbonisée par la sécheresse 2001

 

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